Windows et Linux : vers un mariage heureux ?

13/12/2021 | Paroles d’experts, Systèmes et réseaux

Temps de lecture  5 minutes

Dans le monde des informaticiens, il y a les pro-Windows et les pro-Linux.
Deux communautés que tout oppose, a priori inconciliables. Et pourtant, depuis quelques années, des points de convergence apparaissent, un rapprochement s’opère entre le système de Microsoft et le système d’exploitation libre. Les deux philosophies pourraient-elles finalement cohabiter ?

Notre expert Sébastien Rohaut vous en dit plus.

Une différence originelle

On le sait : Windows est un système d’exploitation « propriétaire », appartenant à Microsoft, tandis que Linux est un système d’exploitation open source, libre et gratuit. Mais la distinction ne s’arrête pas là… ou plutôt, ne commence pas là ! Car les deux systèmes d’exploitation s’opposent avant tout par leur origine et leur conception.

D’un côté, Linux a pour particularité d’être un système d’exploitation de type Unix. En cela, il a des racines lointaines et fait partie de la grande famille des Unix, qui regroupe des systèmes d’exploitation libres ou commerciaux : FreeBSD, openBSD, IBM AIX, HP-UX, MacOS, etc. Le système Unix, dont Linux, est installé sur les deux tiers des serveurs dans le monde.

Conçu en 1991 par Linus Torvalds, un étudiant finlandais, Linux est rendu libre dès sa première version, publiée sous licence GNU GPL. Depuis, de nombreux développeurs et passionnés se sont approprié le noyau Linux et ses outils pour développer des distributions, et Linux reste disponible librement, partout, pour tous les usages.

De l’autre côté, Windows, qui accompagne nos vies quotidiennes depuis plus de 35 ans, est un système d’exploitation complet, combinant un noyau et une interface. Il a été créé à la fin des années 80 par les développeurs, et notamment Dave Cutler, du système d’exploitation VMS de la société Digital, dont il reprend tous les grands principes pour le compte de Microsoft. Propriétaire et payant, Windows écrase la concurrence sur les ordinateurs personnels grâce à son interface graphique et représente aujourd’hui environ un tiers des serveurs en entreprise.

A l’opposé du design Windows, quand on lance Linux sur un serveur, on obtient un écran noir et un curseur blanc. Cette absence d’interface graphique a souvent laissé penser qu’il devait être plus compliqué à utiliser, réservé aux geeks… Une idée fausse qui s’est largement ancrée dans les esprits.

Incompatibilité native

Windows et Linux sont deux familles fondamentalement, nativement, incompatibles. Les applications Windows ne peuvent pas fonctionner sous Linux, et inversement.

Néanmoins, des systèmes d’émulation ont rapidement vu le jour pour permettre à des logiciels conçus uniquement pour Windows de fonctionner dans l’environnement Linux. Par exemple, Wine (Wine Is Not an Emulator), qui permet d’exécuter notamment la suite Office sous Linux, ou, plus récemment, la couche de comptabilité Proton, développée par la société Valve pour sa plateforme de jeux Steam, qui permet de faire fonctionner les jeux Windows sous Linux avec les mêmes performances.

Les mondes du libre et du propriétaire se rapprochent ainsi grâce à de nombreuses passerelles.

Vers un rapprochement Windows – Linux

A la fin des années 90, Microsoft produit SFU (Services for Unix) qui permet d’intégrer certaines parties de l’environnement Linux sous Windows, avec un succès très limité.

En 2016, la convergence Windows-Linux s’accélère avec la sortie de WSL (Windows Subsystem for Linux) qui permet de faire tourner des applications Linux sous Windows 10 et Windows Server 2019. Changement total de paradigme ! D’un seul coup, il devient possible de faire fonctionner des applications Linux nativement sous Windows.

Sur cette première version, Microsoft modifie l’API proposée par le noyau Windows, mais n’intègre pas de noyau Linux. Le résultat est mitigé, les performances restent limitées, tout ne fonctionne pas.

Une deuxième version paraît fin 2020 pour profiter de Linux sous Windows 10 et Windows 11. Cette fois-ci, elle intègre un vrai noyau Linux qui permet d’utiliser les applications natives. La grande nouveauté est qu’on peut désormais utiliser des applications graphiques sous Linux ! Mieux : grâce à WSL, le portage des applications de Linux vers Windows devient inutile.

Dans le même temps, Microsoft commence à porter sous Linux certaines de ses applications, comme le navigateur Edge ou Teams !

En créant ces passerelles depuis WSL, certains osent penser que Windows deviendra in fine une distribution Linux. Mais nous n’en sommes pas encore là.

Trois conseils pour utiliser WSL

WSL est un outil précieux pour les développeurs, il facilite la programmation multiplateforme, il permet de passer facilement d’un environnement à un autre, de tester dans les deux sens.

Pour l’installer et l’utiliser, il est recommandé de savoir ouvrir un environnement PowerShell et de maîtriser la ligne de commande, tout comme savoir utiliser un shell (bash par exemple) pour Unix.

Une fois installés la distribution et les pilotes particuliers dont vous avez besoin, trois règles d’or sont à observer :

 

  • Attention au système de fichiers: le home directory n’est pas le même entre Windows et Linux. Depuis Linux, on accède aux fichiers Windows via des points de montage virtuels. Par exemple, la clé SSH n’est pas stockée au même endroit. À l’inverse, en démarrant une session Linux, on se retrouve dans le répertoire Windows, mais un simple “cd” renvoie dans le “vrai” home directory.
  • Les applications graphiques Linux ne peuvent fonctionner que si le pilote graphique adéquat est installé sous Windows.
  • Enfin, passez dès que possible sur la version 2 dont les performances ont été grandement améliorées ; vous pourrez profiter pleinement de Linux grâce à toute la documentation Windows disponible.

En conclusion

Un long chemin a été parcouru, depuis le « cancer Linux » évoqué par Steve Ballmer, l’ancien PDG de Microsoft, jusqu’à la création du sous-système Windows pour Linux. Ces deux environnements incompatibles, que tout opposait, finissent aujourd’hui par cohabiter harmonieusement. Pour les férus du système libre, c’est une victoire. Plus besoin de choisir !

Diplômé de l’ESGI, et après plusieurs années passées sur des missions d’ingénierie système, Sébastien ROHAUT a été responsable technique d’une équipe DevOps au sein d’un grand groupe français, puis après avoir obtenu le titre d’ingénieur DPE, est aujourd’hui responsable de la sécurité d’une plateforme Cloud dans ce même groupe. Il a également enseigné pendant près de 11 ans à des classes préparatoires et d’ingénieurs et dispose d’une riche expérience technique et pédagogique pour le plus grand bénéfice des lecteurs de ses livres.

Sébastien ROHAUT

Notre expert Linux

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