Défenses de l’Active Directory
Architecture Tiers
1. Définition
Dans le chapitre précédent, nous avons étudié les principales attaques visant l’Active Directory et montré comment une compromission progressive des comptes, des services ou des mécanismes d’authentification peut mener à la prise de contrôle complète du domaine. Ces attaques exploitent très souvent une absence de cloisonnement entre les environnements, les rôles et les niveaux de privilèges.
L’objectif du durcissement des systèmes est de réduire les risques de sécurité en éliminant les vecteurs d’attaque potentiels et en réduisant la surface d’attaque du système.
Microsoft a établi un modèle de segmentation du système d’information reposant sur trois niveaux de confiance, appelés Tiers dans sa documentation « privileged-access-access-model ». Ces zones de confiance sont définies en fonction de leur niveau de sensibilité ou de criticité. Ce concept, largement documenté dans les ressources en ligne, offre un cadre structuré pour renforcer la sécurité et la gestion des accès aux différentes couches d’une infrastructure IT.
L’architecture tiers, ou tiering model, est une approche méthodique et structurée pour sécuriser les infrastructures Active Directory. Elle s’appuie sur la segmentation des ressources et des privilèges en trois niveaux hiérarchiques définis en fonction de leur criticité, chaque niveau étant associé à des rôles spécifiques et à des mesures de sécurité adaptées. Cette stratégie permet de prévenir les escalades de privilèges et de limiter la propagation des attaques au sein de l’environnement Active Directory. Au cœur de cette démarche se trouve la segmentation du réseau, qui joue un rôle clé dans la prévention des menaces. Dans le prolongement de cette segmentation, la mise en place d’une matrice des flux constitue un pilier fondamental pour renforcer la sécurité de l’environnement. Cette matrice, qui recense et documente tous les flux autorisés entre les différents segments du réseau, permet de limiter les communications aux seuls flux nécessaires et légitimes, réduisant ainsi la surface d’attaque exploitable. En complément, elle facilite la compréhension des flux attendus, les anomalies peuvent ainsi être immédiatement identifiées, permettant une réponse rapide aux incidents de sécurité. Pour guider les organisations dans cette démarche, l’ANSSI a publié un document intitulé « Recommandations relatives à l’interconnexion d’un système d’information à Internet ». Ce guide fournit des recommandations précieuses pour l’architecture technique de l’interconnexion des systèmes d’information. Il décrit les bonnes pratiques à adopter pour structurer et sécuriser les flux, tout en tenant compte des spécificités des environnements critiques. En construisant une architecture à plusieurs couches et en isolant les services critiques, cette approche garantit un environnement sécurisé et résilient face aux attaques, tout en facilitant une gestion rigoureuse et efficace des ressources.
Le niveau Tier 0 regroupe les actifs les plus critiques pour la sécurité et la gestion d’Active Directory, incluant les contrôleurs de domaine, les administrateurs du domaine, les autorités de certification, les groupes d’administration du domaine, ainsi que les comptes de services stratégiques. Le Tier 1 englobe les serveurs applicatifs hébergeant des applications essentielles et leurs administrateurs, responsables des opérations métiers critiques. Enfin, le Tier 2 couvre les utilisateurs standards sans privilèges, leurs équipements (postes de travail, terminaux mobiles) et les administrateurs...
Account Global Domain Local Permissions (AGDLP)
Dans le domaine de la cybersécurité et de l’administration système, la gestion des identités et des accès dans un environnement Active Directory représente un enjeu majeur pour assurer la sécurité et la conformité des systèmes d’information. Face à la complexité croissante des réseaux et à l’évolution constante des menaces, il est indispensable de mettre en place des méthodes éprouvées pour structurer et sécuriser l’attribution des droits. Le modèle AGDLP s’impose ainsi comme une référence incontournable, non seulement pour simplifier la gestion des groupes et des autorisations, mais aussi pour minimiser les risques d’erreurs dans l’attribution des accès.
L’AGDLP est une méthodologie structurée qui permet d’organiser les droits d’accès dans Active Directory de manière hiérarchique et contrôlée. L’acronyme se décompose en quatre étapes clés : A pour comptes (Accounts), G pour groupes globaux (Global groups), DL pour groupes locaux de domaine (Domain Local groups) et P pour autorisations (Permissions). Cette approche consiste à intégrer les comptes utilisateurs dans des groupes globaux, lesquels sont ensuite intégrés dans des groupes locaux de domaine. Enfin, ces derniers se voient attribuer des autorisations sur des ressources spécifiques. Ce modèle facilite ainsi la délégation des droits tout en assurant une traçabilité et une simplification de la gestion des accès. Adopter la méthode AGDLP permet de réduire considérablement les risques liés aux autorisations excessives ou mal attribuées, en offrant une structure claire et modulaire. Cela facilite également les audits et la révision régulière des droits, car il est plus aisé de remonter la chaîne des accès et d’identifier les éventuels points de vulnérabilité.
La précision dans la dénomination des groupes est essentielle pour assurer une gestion claire et efficace des stratégies d’accès. À l’image des stratégies de groupe, le nom d’un groupe doit immédiatement révéler son utilité et l’étendue de ses droits, facilitant ainsi son identification d’un simple coup d’œil. Cette rigueur dans le choix des noms permet aux administrateurs système et aux professionnels de la cybersécurité de maintenir un environnement bien organisé et de simplifier les audits de sécurité. Pour les groupes Globaux, il est recommandé d’adopter une nomenclature standardisée telle que GG_Rôle-ou-Service. Par exemple, un groupe nommé GG_Comptable indique clairement qu’il s’agit d’un groupe Global destiné aux utilisateurs du service Comptable.
Concernant les groupes de domaine local, la dénomination doit préciser à la fois la ressource concernée et le type d’autorisations attribuées. Des exemples typiques incluent GDL_Compta_RO ou NTFS-Share-Compta-RO pour un groupe destiné à donner des droits de lecture seule sur le répertoire partagé Compta.
Pour illustrer cette méthode, prenons un exemple concret au sein d’une entreprise. Supposons qu’il existe deux dossiers partagés, Vente et Bilans, pour lesquels des droits d’accès spécifiques doivent être attribués. Après analyse des besoins d’accès, deux utilisateurs, appartenant à des départements distincts et ayant des responsabilités spécifiques, ont été identifiés :
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Guillaume, membre de l’équipe commerciale, nécessite un accès en lecture et écriture au répertoire partagé Vente.
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Jacques, du service comptabilité, requiert un accès en lecture seule au répertoire Vente pour consulter les informations sans les modifier, ainsi qu’un...
Politique de prévention des risques
La mise en place d’une politique de prévention des risques structurée est indispensable pour garantir la résilience et l’intégrité de l’environnement. Cette démarche repose autant sur des mesures techniques que sur une organisation claire, des processus définis et des procédures opérationnelles, notamment en matière de gestion des journaux, de sauvegardes, de supervision et de traitement des incidents. L’objectif est d’anticiper, de détecter et de contenir les menaces avant qu’elles n’affectent les comptes, les ressources ou les données critiques, en inscrivant la sécurité dans une logique globale, transverse et durable.
1. Processus de mise à jour
Ce processus permet de renforcer la sécurité informatique en corrigeant rapidement les vulnérabilités, d’optimiser les performances des systèmes, de garantir la compatibilité avec les nouvelles fonctionnalités et de respecter les obligations réglementaires ou les normes sectorielles. À l’inverse, une gestion négligée expose l’organisation à des risques élevés de cyberattaques, de pertes de données et d’interruptions d’activité.
La première étape opérationnelle consiste à réaliser un inventaire exhaustif du parc informatique. Cette cartographie doit recenser l’ensemble des équipements, systèmes d’exploitation et logiciels utilisés, en identifiant précisément les versions installées et les dépendances associées. Cet état des lieux offre une visibilité claire et permet de détecter les obsolescences ou les oublis potentiels.
Une fois l’inventaire établi, l’entreprise doit organiser une veille active sur les bulletins de sécurité publiés par les éditeurs. Les mises à jour disponibles sont ensuite évaluées et classées selon leur niveau de criticité. Les correctifs de sécurité doivent être traités en priorité, idéalement dans un délai très court après leur publication. La fréquence et la planification des mises à jour représentent un élément essentiel. En effet, toutes les mises à jour n’exigent pas le même rythme d’implémentation. Certaines doivent être effectuées de manière continue, tandis que d’autres peuvent être organisées selon un calendrier régulier, en fonction des enjeux métier.
Avant tout déploiement généralisé, chaque mise à jour doit être testée dans un environnement de préproduction reproduisant fidèlement la configuration de production. Cette phase de validation permet d’identifier d’éventuelles incompatibilités ou dysfonctionnements et d’éviter des perturbations en environnement réel. Le déploiement lui-même doit être progressif et contrôlé. Il est recommandé de planifier des fenêtres de maintenance en dehors des heures d’activité intense, de commencer par des groupes pilotes, puis d’étendre progressivement l’application. L’utilisation d’outils de patch management centralisés facilite grandement cette étape en automatisant les installations, en surveillant l’avancement et en générant des rapports détaillés. Parmi les solutions les plus courantes, on trouve Microsoft Intune ou Configuration Manager pour les environnements Windows. NinjaOne, Atera pour les approches cloud et multi-plateformes. ManageEngine Patch Manager Plus et Ivanti pour les besoins d’entreprise plus complexes. La communication et l’accompagnement des collaborateurs sont indispensables au succès du processus. Une mise à jour, même pertinente, n’a de valeur que si elle est comprise et correctement appliquée. Il est donc important de prévoir des actions de communication claires...
Conclusion
L’objectif de ce chapitre était de vous donner une base sur la défense de l’Active Directory afin d’améliorer l’architecture de l’entreprise. Nous avons exploré les bonnes pratiques pour renforcer la sécurité de l’active Directory, élément central de l’infrastructure informatique. Une stratégie de défense efficace repose non seulement sur des configurations rigoureuses, mais aussi sur une surveillance continue et une sensibilisation accrue des administrateurs. En mettant en œuvre ces mesures défensives, les entreprises peuvent réduire considérablement les risques d’intrusion et préserver l’intégrité de leur environnement Active Directory. Cette base constitue un premier pas vers une approche plus globale de la cybersécurité, qui devra s’adapter en permanence face à l’évolution des menaces.