L'apprentissage numérique et la dimension relationnelle
Introduction
La dimension relationnelle prend de plus en plus de place au sein de l’apprentissage numérique. Le digital learning (l’apprentissage via le digital) désocialise majoritairement les apprenants ce qui est globalement démoralisant et a besoin d’être compensé par des outils de socialisation numérique. Par ailleurs, les interactions numériques par visioconférence, à défaut du présentiel, sont un moindre mal mais ne solutionnent que très partiellement le fond du problème, en particulier lorsque de mauvaises connexions internet viennent parasiter les échanges. Enfin, grâce à l’intelligence artificielle, il est possible de créer des interactions de synthèse à très forte valeur ajoutée.
En premier lieu il est nécessaire de rappeler à quel point les interactions humaines au sein d’une formation sont intéressantes pour de nombreuses raisons.
|
Théoricien + concept |
Explication simple |
|
Vygotsky - Zone proximale de développement (ZPD) |
Avec un pair plus avancé, les participants réussissent des tâches légèrement au-dessus de leur niveau grâce à un étayage temporaire qui s’allège au fil des progrès. |
|
Bandura - Apprentissage social/Modélisation |
Observer une démonstration, l’imiter... |
Collaborative learning/apprentissage collaboratif et social learning
On apprend en co-réalisant une tâche qui exige l’apport de chacun, avec interdépendance et livrable commun (Vygotsky, Johnson & Johnson).
“La théorie socioculturelle de Vygotsky sur le développement de l’enfant affirme que le développement cognitif résulte des interactions sociales. De ce fait, l’apprentissage (de l’enfant) est intrinsèquementcollaboratif. Il considérait la négociation sociale comme essentielle à la construction des connaissances et à la compréhension des concepts.” https://www.gowriensw.com.au/thought-leadership/vygotsky-theory
“Selon les frameworks utilisés, des instructions personnalisées, une rétroaction continue, une interaction sociale et une utilisation efficace de la technologie sont nécessaires pour améliorer les expériences d’enseignement et d’apprentissage.” https://www.researchgate.net/publication/243775553_Making_cooperative_learning_work?__cf_chl_tk=WxTvsNwGHS58jXwmRCedQMvv1QC4n6wyT5GNaKLIf8I-1756246291-1.0.1.1-Da2tYUldwpnFu1YjSM_3.1UEkf8VbAZr5GqYUHdK2oI
Selon Bandura et Wenger, on apprend en observant, échangeant, imitant dans un réseau ou une communauté.
Voici quelques exemples concrets en entreprise de l’usage des concepts de réseau et communauté...
Les outils de Social learning ou de RSE
Les RSE (Réseaux Sociaux d’Entreprise) prennent différentes formes. Nous avons précédemment parlé de messagerie instantanée (Teams, Slack…), démonstrations courtes, FAQ (Questions/Réponses), documentation, procédures écrites. Mais ils peuvent également prendre la forme de plateformes RSE, de blogs internes, de e-portfolios ou de forums.
Définissons rapidement chacun de ces termes afin d’expliquer leur potentiel et leur intérêt.
Les plateformes RSE (Réseaux Sociaux d’Entreprise) ou Réseaux Sociaux Internes sont des moyens dynamiques et complets de communiquer en interne. L’intérêt majeur est de favoriser des échanges transversaux et de désengorger les boîtes mail. D’autres intérêts se rattachent aux RSE mais ces deux premiers points suffisent déjà à comprendre l’intérêt majeur d’intégrer un RSE dans une entreprise. En effet, au quotidien, nous avons besoin de voir et d’échanger avec une multitude d’individus dans une organisation plus ou moins fermée (un RSE sectoriel est envisageable au même titre qu’un RSE d’une entreprise). Aussi, un équivalent d’annuaire géant prend du sens en premier lieu. Ensuite, il existe également un besoin d’échanger de manière diversifiée et dynamique : médias diversifiés (PDF, vidéos, fichiers texte, webcam) ; médias dynamiques : un PDF dans votre boîte mail risque de ne pas être à jour alors qu’un PDF en téléchargement sur une plateforme est, en théorie, à jour. Le besoin d’échanger avec un grand nombre d’individus, sur un grand nombre de sujets, sous de multiples formes et de manière dynamique, donne tout le sens aux RSE pour la communication et le transfert de connaissances.
Les leaders en matière de RSE sont Microsoft Viva Engage (anciennement Yammer) et SharePoint avec sa fonctionnalité de réseau social), ainsi que Facebook Workplace.

Interface de Microsoft Viva Engage

Interface de Facebook Workplace
Ces deux plateformes disposent au format centralisé de grandes fonctionnalités...
Flip learning/Reverse teaching
La pédagogie du flip learning est basée sur un apprentissage par l’expérience. Le principe pour les apprenants est de se documenter ou d’expérimenter le e-learning avant la formation présentielle.
L’intérêt premier du flip learning est d’apporter une sensibilisation à l’apprenant avant la formation. Le second intérêt est l’apprentissage par l’expérience.
Le flip learning est aussi une pratique historiquement très utilisée. Par le passé, lorsque la pédagogie n’existait pas et que la notion de conceptualisation n’avait pas autant de sens qu’aujourd’hui, l’apprentissage se faisait sous ce mode-là. Il est particulièrement adapté dans un environnement où les erreurs ne sont pas irrémédiables ou du moins sans impact trop fort (par exemple, pas d’impact sur le plan financier, pas de risques sur la santé). On imaginerait mal un système de flip learning adapté à un grutier, par exemple, qui risquerait d’envoyer ses chargements dans les habitations voisines sous prétexte d’apprendre son métier.
Aussi, le flip learning se conçoit dans deux contextes :
-
soit dans un contexte où les impacts et les risques liés aux erreurs commises sont faibles (par exemple :...
MOOC (xMOOC, cMOOC)
Il est un phénomène que l’on ne peut ignorer et qui porte le nom de MOOC (Massive Open Online Course). Pour résumer ce concept, c’est la création de contenu pédagogique massive et gratuite accessible par Internet. Ce phénomène a beaucoup fait parler de lui pendant la période de croissance du e-learning, aujourd’hui ce concept est toujours bien présent mais fait moins parler de lui.
D’une certaine manière, les vidéos tutorielles sur YouTube et les réponses aux questions techniques sur des blogs et forums sont des MOOC. En effet, les contenus sont massifs (il y en a beaucoup et adaptés au plus grand nombre), ouverts (gratuits), en ligne. Il y a cependant plusieurs problèmes : ils n’ont pas été sélectionnés (il existe des vidéos faites par des enfants comme des vidéos d’expert), filtrés (les vidéos sont parfois inappropriées à certains usages), structurés (les objectifs pédagogiques ne sont pas énoncés, l’ordre des vidéos n’est parfois pas le bon…).
En tapant sur YouTube “Comment gérer son stress”, nous obtenons certains des résultats suivants.

Cette vidéo de 7300 vues par Marion Thélisson laisse apparaître une femme en apparence soignée, dans un cadre soigné, avec une structuration de 11 chapitres pour traiter la question de la gestion du stress. L’angle d’attaque est en format déductif, voire en apprentissage inversé puisque l’auteur propose de parler des 10 astuces et non pas des grands principes théoriques comme pourrait l’être le pourquoi. L’auteur part donc du principe que nous savons tous plus ou moins gérer le stress mais que sa démarche va nous donner un peu d’aide supplémentaire. La qualité du contenu est donc en apparence importante mais il manque beaucoup d’informations comme qui est l’auteur, quelle est son expertise, etc. c’est le propre de YouTube de nous faire consommer du contenu et d’en déduire la qualité après avoir démarré sa consommation. En allant sur sa page YouTube, nous apprenons cependant qu’elle est psychologue en profession libérale...
Créer son propre MOOC avec OpenMooc
Un MOOC n’étant techniquement rien d’autre qu’un LMS prédisposé à transmettre du contenu, il est possible de télécharger une solution open source du nom de OpenMooc et de l’installer pour mettre à disposition votre contenu pédagogique.

Le modèle économique des MOOC et la concurrence par rapport aux organismes de formation
Le modèle économique des MOOC peut varier en fonction du MOOC et de sa raison d’être.
La première raison d’être des MOOC, d’origine universitaire américaine, est le besoin de notoriété.
Grâce à leur MOOC, les universités américaines vont démontrer leur expertise sur des thématiques et donc se crédibiliser aux yeux des professionnels et des étudiants. Ainsi, le modèle économique est simple pour celles-ci : démontrer une expertise en contrepartie de quoi une augmentation du nombre d’inscriptions dans l’Université (et donc du retour sur investissement) devrait se produire. Il s’agit donc ici d’un outil de communication. Aussi, cela amène ces universités à proposer des sujets de formation très pointus (avec des enseignants-chercheurs très qualifiés) qui, malheureusement, ne concernent qu’une minorité d’individus. Cela se confirme d’ailleurs lorsque l’on compare le nombre d’inscrits...
L’intelligence artificielle au service de la dimension relationnelle
L’intelligence artificielle est l’intelligence d’un ordinateur (donc artificielle). Il est possible d’utiliser l’intelligence artificielle de deux manières. La première a pour objectif de compléter les limites de notre intelligence. Il s’agit alors pour l’homme d’utiliser celle-ci en plus de son intelligence. La seconde utilisation possible et déjà actuelle est l’utilisation de l’intelligence artificielle pour trouver la méthode pédagogique la plus adaptée pour un apprenant dans le cadre d’une formation e-learning.
Nous nous concentrerons uniquement sur l’intelligence artificielle dédiée à la dimension relationnelle, celle qui s’interroge sur le meilleur moyen d’accompagner l’apprenant dans son acquisition de connaissances et de compétences par le lien social.
Dans la pratique, l’intelligence artificielle n’est pas du tout perçue comme un vecteur de lien social, bien au contraire, puisqu’elle renvoie plutôt une image de “robot terminator” par défaut.

Image d’un gentil robot terminator créée par l’IA
L’expression d’une IA au service d’une dimension relationnelle
Il existe de nombreuses expressions de l’IA possible au service de la dimension relationnelle, qui comme vu précédemment est une brique importante de l’équation de l’apprentissage.
La robotisation de l’homme
L’idée est simple, l’IA a énormément de connaissances et nous pouvons la documenter pour lui apprendre ce qui lui manque. Ce dernier point est d’ailleurs LE point sur lequel l’homme reste indispensable dans un monde qui utilise de plus en plus d’IA. L’homme doit superviser ce que le moteur sait afin d’une part de garder le contrôle (c’est une question de principe tout autant que de vérification des informations communiquées). D’autre part l’homme doit s’assurer de la sincérité et de la précision du discours retourné par l’IA. Dire “je t’aime” en anglais aux États-Unis n’a pas le même sens que dire “je t’aime” en français et en France. Ces subtiles nuances relatives au contexte nécessitent une élévation de l’expertise de l’homme dans sa globalité.
L’homme doit ainsi contrôler ce que fait l’IA, discerner ce que ne fait pas bien l’IA et s’interroger sur les règles à préciser pour changer le comportement de l’IA. Un peu comme avec un enfant finalement. Par exemple, observer que l’IA délivre un contenu c’est bien, mais s’assurer que le contenu qu’elle délivre est intelligible du premier coup nécessite un ajustement du type “Tu t’adresseras à une personne n’ayant aucune notion sur le sujet” ce qui induira une démarche pédagogique différente de la part du moteur d’IA.
Concrètement voici quelques exemples simples...