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Extrait - La formation professionnelle à l’heure de l’Intelligence Artificielle (2e édition) Nouveaux outils et nouvelles pédagogies
Extraits du livre
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Motivations et affinités des apprenants pour l’apprentissage

Introduction

Après avoir étudié l’histoire et le financement de la formation professionnelle, il faut désormais s’intéresser à l’expérience des apprenants. Une formation n’est pas seulement un dispositif conçu, financé ou commandé : elle est aussi vécue par des personnes dont les motivations, les contraintes et les attentes peuvent fortement varier.

Ce chapitre examine donc les motivations des apprenants, leurs conditions d’accès à la formation, leurs préférences en matière de modalités pédagogiques et la manière dont ils évaluent la qualité de ce qu’ils ont reçu. Il mettra aussi en évidence un point essentiel : la satisfaction exprimée à l’issue d’une formation ne dit pas toujours la même chose que l’acquisition réelle de compétences ou leur transfert en situation professionnelle.

Inégalités d’accès à la formation professionnelle

Avant d’interroger les motivations des apprenants, il faut d’abord rappeler que tous les publics n’accèdent pas à la formation professionnelle dans les mêmes proportions. Les données de la DARES sur le recours à la formation des adultes en 2022 (présentées dans le tableau ci-dessous) montrent que les cadres et les professions intermédiaires se forment davantage que les employés et les ouvriers (https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/quel-recours-la-formation-pour-les-adultes-en-2022) :

Catégorie socio-professionnelle (estimée)

Taux de formation estimé (%)

Cadres/Bac+3 et plus

75

Professions intermédiaires

60

Employés qualifiés (Bac)

50

Ouvriers/CAP-BEP

30

Non diplômés/ouvriers peu qualifiés

22

Les données montrent que les employés et les ouvriers, en particulier les moins qualifiés, accèdent en moyenne beaucoup moins à la formation que les cadres et les professions intermédiaires. Mais ces chiffres ne disent pas, à eux seuls, d’où vient cet écart. Est-il lié à des différences de motivation, à un moindre accès à l’information, à des contraintes de temps, à l’organisation du travail, au soutien plus ou moins...

Pourquoi se former ? Motivations et perception de la valeur d’une formation

Les motivations à se former sont multiples et ne se réduisent pas à la seule acquisition de compétences. Elles peuvent relever de l’employabilité, de la performance professionnelle, de la reconnaissance, de l’obtention d’une certification, de la réponse à une attente de l’employeur ou encore d’un besoin plus personnel de sens et d’évolution.

Le tableau ci-dessous rassemble plusieurs indicateurs issus de sources différentes afin de donner un aperçu de cette diversité. Les pourcentages ne doivent pas être lus comme les résultats d’une enquête unique, mais comme des ordres de grandeur permettant d’identifier les grandes familles de motivations associées à la formation.

Motivation

Taux/Indicateur

Source

Améliorer ses performances/rester compétitif

90 %

Centre Inffo, Baromètre 2024 : https://centre-inffo.fr

Évoluer ou renouveler sa carrière

49 %

France Travail/Centre Inffo : https://centre-inffo.fr

Sécuriser son emploi/ répondre à des attentes hiérarchiques

60 %

Gobelins, retour d’enquête: https://www.gobelins.fr

Obtenir une certification ou un diplôme

70 %

DARES Post-Formation 2019 : https://dares.travail-emploi.gouv.fr...

Acteurs clés de la formation

Dans la suite, il conviendra de bien distinguer les trois acteurs clés de la formation professionnelle :

  • l’apprenant, aussi appelé participant, ou stagiaire ;

  • le commanditaire, aussi appelé décideur ou client ;

  • le financeur ou sponsor.

L’apprenant est la personne qui participe à la formation. Selon les situations, son niveau d’engagement varie : certains apprenants arrivent avec un objectif précis, une forte motivation et une volonté active de progresser ; d’autres participent à une formation prescrite par leur employeur, leur conseiller ou un financeur, avec une implication plus limitée ou plus progressive. Dans tous les cas, il est celui qui vit concrètement l’expérience de formation : il écoute, pratique, échange, mobilise les contenus proposés et donne généralement son avis sur la qualité perçue de la formation. Qu’il soit ou non financeur de son parcours, son jugement occupe donc une place importante dans l’évaluation de la formation.

Le commanditaire est celui qui déclenche ou organise la formation. Il peut s’agir de l’apprenant lui-même, mais il s’agit le plus souvent de l’entreprise, d’un responsable RH, d’un manager, d’un conseiller France Travail ou d’un autre acteur institutionnel. Il ne se confond pas toujours avec le financeur : il peut décider qu’une formation doit avoir lieu sans être celui qui en supporte directement le coût.

Son choix dépend donc rarement du seul critère pédagogique. Il doit...

Motivation et engagement dans la formation

Sur cette réflexion, nous pouvons nous interroger sur la force de la motivation de l’apprenant par le biais de deux questions :

  • Seriez-vous prêt à vous former en dehors du temps de travail ?

  • Seriez-vous prêt à financer tout ou partie d’une formation ?

Comme vu précédemment, la formation est généralement perçue comme un levier favorable à la carrière et à la vie professionnelle.

Mais comme nous l’avons expliqué auparavant, ce sont les entreprises et l’État qui financent généralement les formations. Les français ne sont globalement pas éduqués à investir eux même dans leur formation. Aussi, la perception des bénéfices relatifs à une formation est bien relative puisque les évaluateurs ne sont pas les payeurs. Autrement dit, il est facile pour un apprenant de trouver une formation satisfaisante dès lors qu’il ne l’évalue pas par rapport à son propre investissement financier. C’est pourquoi, plusieurs enquêtes ont essayé de comparer l’intérêt déclaré pour la formation avec le niveau d’engagement concret que les apprenants se disent prêts à fournir, notamment en temps ou en argent :

Question

Réponse/Taux

Source

Seriez-vous prêt à vous former en dehors du temps de travail ?

64 %

Centre Inffo 2023 : https://centre-inffo.fr

Seriez-vous prêt à financer tout ou partie d’une formation ?

35 %

DARES/Centre Inffo 2023 : https://centre-inffo.fr

Pensez-vous que la formation est essentielle pour rester performant ?

90 %

Baromètre Centre Inffo 2024 : https://centre-inffo.fr

Souhaitez-vous évoluer professionnellement dans les 2 ans ?

49 %

France Travail/Centre Inffo : https://centre-inffo.fr

Accepteriez-vous une formation à distance si elle était bien encadrée ?

73 %

Céreq 2022 : https://www.cereq.fr

Avez-vous déjà utilisé votre CPF pour une formation ?

64 %

Caisse des Dépôts/CPF : https://www.moncompteformation.gouv.fr

Voici ces mêmes chiffres sous forme de graphique :

images/01SOB061_2.png

Graphique montrant...

Présentiel, distanciel et digital : quelles expériences d’apprentissage ?

Il est habituel de distinguer deux modalités pédagogiques utilisées pour les formations :

  • Le présentiel (un formateur présent physiquement), dans lequel se trouvent les formations « en groupe dans une salle » et les formations « en Tutorat/Coaching ».

  • La formation à distance (en visio conférence), et la formation en ligne sur une plateforme en autonomie (e-learning).

Avant et après le Covid-19 : un rapport transformé au distanciel

L’histoire de la formation en ligne, tout du moins en France, fait écho à une perception bien singulière de la formation à distance et de l’usage de la technologie.

Avant 2020, la formation à distance et le e-learning restaient souvent perçus de manière ambivalente dans le champ de la formation professionnelle. Plusieurs freins expliquaient cette perception : la qualité inégale de certains contenus, les difficultés d’apprentissage en autonomie, le manque d’interactions sociales, les contraintes techniques et les incertitudes liées à la reconnaissance ou au financement de ces formats.

De nombreux employeurs, DRH ou responsables formation avaient recours à des modules dits « sur étagère », c’est-à-dire des contenus déjà prêts à l’emploi, comme une courte vidéo de sensibilisation au management. Ces formats répondaient à un besoin réel : proposer rapidement des contenus accessibles et peu coûteux. Mais ils reposaient souvent sur une hypothèse fragile : celle selon laquelle les salariés pourraient apprendre efficacement seuls, de manière régulière et autonome, à partir de contenus standardisés.

À ces limites s’ajoutait le contexte matériel dans lequel les formations à distance étaient suivies. Les participants, souvent installés sur leur poste de travail habituel, pouvaient être interrompus par les sollicitations de leurs collègues ou par les urgences du quotidien professionnel. La formation à distance exige pourtant un cadre propice à la concentration, ce qui n’était...

Ressource interne ou externe : qui accompagne l’apprentissage ?

Au-delà du choix entre présentiel, distanciel ou hybride, l’expérience de formation dépend aussi de la personne qui accompagne l’apprentissage. Le tableau ci-dessous présente plusieurs indicateurs sur la préférence pour des intervenants externes ou internes, et sur les raisons qui peuvent expliquer ces choix.

Description

Taux de préférence

Commentaires

Source (année)

Employés préfèrent formation dispensée par un expert du secteur (prestataire externe)

70 %

L’expertise externe valorisée pour la confiance et la satisfaction

Étude PwC France rapport Le Monde (11 mois) (Psico-Smart)

Formation interne (par les managers ou formateurs internes) préférée pour personnalisation

Non chiffrée mais souvent mentionnée

Formation sur mesure, alignée aux besoins spécifiques de l’entreprise, plus flexible

Sources qualitatives (Aopia, PairEnne, Pagny-Associés) (AOPIA Formation, Pagny Associés)

Critères influençant le choix (quantitatif selon PwC)

70 % préfèrent externe

Motifs : expertise, objectivité, reconnaissance des compétences

même source PwC (Psico-Smart)

Utilisation fréquente selon type de contenu

Soft skills et langues souvent externalisées

Expertise...

Satisfaction, acquis et efficacité réelle de la formation

Une formation peut être appréciée pour sa proximité avec le terrain, la qualité de l’intervenant ou le confort de son format, sans que cela permette nécessairement de mesurer les acquis réellement développés. Or, dans de nombreux dispositifs, l’évaluation des acquis reste moins systématique que celle de la satisfaction des apprenants.

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Enquête sur les évaluations demandées suite à une formation https://www.cereq.fr/publications-fc-2006 (Étude de 2006)

Illustrons le principe de divergence entre satisfaction par ressenti et satisfaction par perception de l’atteinte des objectifs par l’exemple ci-dessous :

Prenons l’exemple de Jacques, qui a une phobie des procédures administratives. En fait, il est légèrement dyslexique et cela lui pose des problèmes de lecture, d’écriture et donc de légitimité dans son rôle de chef d’équipe. Dans le cadre de sa certification ISO 2001, l’entreprise doit formaliser les pratiques et donc demander à Jacques de rédiger des procédures et des comptes-rendus. Jacques a négocié que ce soient des formulaires avec des cases à cocher pour limiter sa saisie, mais cela n’est pas toujours possible. Aussi, le véritable besoin de formation pour Jacques, c’est de se former, ou du moins se reformer à la lecture et à l’écriture.

En d’autres termes, il y a un retard avancé en certaines compétences, associé à ses craintes. Mais dans tous les cas la fréquence des mises en situation est un composant fondamental dans sa montée en compétences : s’il ne lit pas un peu tous les jours (malgré la difficulté qu’il rencontre) il perd cette compétence et tout ce qui est induit dans celle-ci (autonomie, prise d’informations…)....

À retenir

En conclusion, l’analyse des motivations et des affinités des apprenants montre que la formation professionnelle ne peut pas être comprise uniquement comme un dispositif d’acquisition de compétences. Elle est aussi traversée par des inégalités d’accès, des différences de motivation, des contraintes de financement, des préférences pédagogiques et des attentes parfois divergentes entre les parties prenantes.

D’abord, tous les publics n’accèdent pas à la formation dans les mêmes proportions. Les cadres et les professions intermédiaires restent plus souvent formés que les employés et les ouvriers, ce qui interroge les freins concrets à l’accès à la formation : information disponible, soutien de l’employeur, contraintes de temps, niveau de diplôme, rapport à l’apprentissage ou capacité à se projeter dans une évolution professionnelle.

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Grille d’analyse des inégalités d’accès à la formation

Ensuite, les motivations des apprenants sont multiples. Certains se forment pour développer leurs compétences, préserver leur emploi, obtenir une certification ou évoluer professionnellement. D’autres peuvent participer à une formation davantage par obligation, par conformité...