Introduction
Introduction
L’intelligence artificielle s’impose aujourd’hui dans tous les secteurs d’activité. Elle automatise des tâches, analyse des volumes considérables de données, produit des textes, des images, des sons, des vidéos, formule des recommandations et intervient de plus en plus dans les processus de décision. Son développement impressionne autant qu’il inquiète, car il interroge directement la place de l’humain dans des activités que l’on pensait jusqu’ici difficilement automatisables.
Ce livre s’inscrit dans la continuité des deux premiers ouvrages de cette série, consacrés à l’impact de l’intelligence artificielle sur la santé, puis sur le droit. Après ces deux domaines fortement structurés par l’expertise, la décision, la responsabilité et la relation humaine, nous nous intéressons ici au domaine de la culture, entendue au sens large : au-delà de la création artistique, on se réfère aux pratiques, aux métiers, aux institutions, aux patrimoines, aux formes de transmission et aux relations avec les publics.
Le domaine de la culture nécessite une analyse spécifique car il est très différent des domaines précédemment étudiés (la santé, le droit). En effet, l’arrivée...
L’auteur, pourquoi le livre, à qui s’adresse-t-il ?
J’ai eu ma thèse de doctorat à une époque où l’intelligence artificielle n’était pas aussi populaire qu’elle l’est aujourd’hui. Travailler sur les motifs contextuels dans les contrats de franchise (« Adaptation interactive de documents dans le contexte des transactions électroniques », LIRMM, 1999) n’était pas quelque chose d’évident. Néanmoins, ma thèse m’a permis d’aborder des aspects innovants et novateurs qui, pour la plupart, sont aujourd’hui les fondations des problématiques actuelles. Je peux citer en vrac : l’apprentissage, les vérifications syntaxiques et sémantiques, la compréhension de la langue naturelle, les agents intelligents, la recherche de motifs dans les grands ensembles de données, la vision et la reconnaissance des objets, autant de sujets, avec d’autres, qui sont abordés dans mon ouvrage « Intelligence Artificielle : Impact sur les entreprises et le business », ENI Décembre 2022, auquel vous pourrez vous référer si vous avez besoin d’informations complémentaires sur un sujet précis.
Je suis conférencier professionnel et donne des conférences partout dans le monde depuis une quinzaine d’années. Au-delà de ma connaissance des intelligences artificielles, ces interventions m’ont permis d’échanger avec de nombreux professionnels et d’approfondir ma compréhension de l’utilisation concrète des nouvelles technologies. Elles m’ont également apporté une expérience de terrain sur l’impact qu’elles peuvent avoir sur les entreprises, les professions et leurs acteurs. Les questions, commentaires et inquiétudes recueillis au fil de ces échanges ont nourri l’élaboration de cet ouvrage.
En effet, beaucoup d’informations plus ou moins vraies circulent au sujet de l’intelligence artificielle, et chacune d’entre elles soulève des questions tout à fait légitimes :
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Pourquoi tout ce buzz autour de l’intelligence artificielle ?
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Qu’est-ce que vraiment l’intelligence artificielle ?
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Comment ça marche ?
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Dois-je apprendre à m’en servir ?
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Quels sont les avantages de cette technologie ? Les inconvénients ?
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En quoi vais-je être impacté ?
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Devrais-je m’en soucier ?
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Mon domaine est-il en danger ?
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Vais-je être remplacé ? Si oui, à quelle échéance ?
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Serons-nous demain jugés par des machines ?...
Les objectifs du livre
L’objectif de cet ouvrage est de donner des repères pour comprendre, analyser et anticiper l’intégration de l’intelligence artificielle dans le domaine de la culture. Il ne s’agit ni de prédire de manière définitive l’avenir des métiers culturels, ni de se substituer aux spécialistes de chacun des secteurs concernés, mais de proposer une grille de lecture permettant d’évaluer les transformations en cours.
Pour cela, le livre s’appuie sur des faits observables, des recherches applicatives ou fondamentales, des usages déjà identifiables et des résultats tangibles. Cette approche vise à éviter deux écueils : d’un côté, la fascination technologique qui ferait de l’IA une solution à tout ; de l’autre, la crainte d’un remplacement généralisé qui empêcherait d’analyser concrètement ce que ces technologies peuvent, ou ne peuvent pas, prendre en charge.
L’ouvrage cherchera donc à rendre accessibles les principales notions nécessaires à la compréhension de l’IA, même lorsque certains points techniques devront être abordés. Il montrera ensuite comment ces technologies peuvent intervenir dans les pratiques culturelles, depuis la création et la conservation jusqu’à...
Qu’appelle-t-on le domaine de la culture ?
Le domaine de la culture fait référence à l’ensemble des pratiques, des expressions, des connaissances et des valeurs qui caractérisent un groupe social ou une société donnée. Il englobe divers aspects tels que les arts, le patrimoine, la littérature, les langues, les croyances et les traditions. La culture joue un rôle clé dans la formation de l’identité collective et individuelle et est souvent utilisée pour transmettre les valeurs et les connaissances d’une génération à l’autre. Ce domaine est essentiel pour la compréhension des sociétés et des interactions humaines à travers le temps et l’espace.
Le domaine de la culture inclut non seulement les arts et les traditions, mais également les modes de vie, les systèmes de valeurs, les croyances, et les institutions sociales qui sont transmis au sein d’une communauté. En suivant la formule de Jean-Gabriel Carasso : « l’art, c’est la chose et la culture le rapport à la chose ». Cependant, puisque seul le domaine de la culture dispose d’un ministère, je traiterai ici l’art comme un sous-domaine de la culture, ce qui ne change rien pour ce qui nous intéresse : l’intégration et l’impact de l’IA sur les domaines et les sous-domaines de la culture.
Voici ainsi quelques sous-domaines et éléments importants de la culture :
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Arts et littérature : la peinture...
Repères historiques : machines, automatisation et création culturelle
Avant d’entrer dans le détail des technologies, des usages et des impacts professionnels de l’IA dans le domaine culturel, il est utile de rappeler que le rapprochement entre machines, automatisation et création ne date pas des IA génératives récentes. Les automates, les premières machines programmables, les expériences de génération de textes, de musique ou d’images, puis les modèles contemporains d’intelligence artificielle, s’inscrivent dans une histoire plus longue.
La chronologie suivante montre les principaux repères qui ont conduit à l’émergence de l’intelligence artificielle, notamment ceux liés à la culture.
Avant 1950
Bien que le concept d’intelligence artificielle tel que nous le connaissons aujourd’hui n’ait pas été formulé avant le milieu des années 1950, plusieurs évènements et innovations ont posé les bases théoriques et pratiques qui ont permis l’émergence de l’IA et de l’automatisation.
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1738 : « Le flûteur » est un automate androïde jouant de la flûte traversière, conçu et réalisé par Jacques Vaucanson et présenté au public. Il recrée fidèlement le jeu d’un flûtiste sur un instrument identique à ceux en usage à l’époque.
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1740 : Pierre Jaquet-Droz crée « la musicienne », « l’écrivain » et « le dessinateur », des automates capables d’écrire, de dessiner ou de jouer d’instruments.
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1760 : les philosophes David Hume et Emmanuel Kant ont réfléchi sur la nature de la connaissance et du raisonnement, concepts qui influencent encore les réflexions contemporaines sur la manière dont une machine pourrait imiter des capacités intellectuelles humaines.
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1784 : Joseph Marie Jacquard invente un métier à tisser qui utilise des cartes perforées pour contrôler le motif de tissage. Cela inaugure l’utilisation de la programmation dans les machines, une idée fondamentale pour le développement des algorithmes.
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1800 : Henri Maillardet crée des automates qui pouvaient dessiner des paysages ou écrire des poèmes. Son jeu d’automate, « la machine à écrire », pouvait reproduire des œuvres poétiques.
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1837 : Charles Babbage conçoit la « machine analytique », qui est souvent considérée comme l’ancêtre de l’ordinateur moderne. Babbage intègre la notion de programme dans sa conception et sa machine est capable d’exécuter des opérations complexes sur des données.
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1842 : Ada Lovelace, souvent considérée comme la première programmeuse, écrit des notes sur la machine analytique de Charles Babbage, préfigurant le concept d’algorithmes.
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1929 : une machine pour lire des caractères est créée par Gustav Tauschek. C’est un appareil doté de capteurs optiques capables de reconnaître des caractères.
De 1950 à 1959
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1950 : Alan Turing publie « Computing Machinery and Intelligence », introduisant le test de Turing.
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1952 : Christopher Strachey a généré des poèmes d’amour : « Love Letters », sur le premier ordinateur électronique Manchester Mark I. Les différentes méthodes utilisées pour produire ce genre de texte étaient la génération informatique de texte combinatoire et automatique.
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1956 : la conférence de Dartmouth marque le début formel de l’IA en tant que discipline. Les premiers chercheurs explorent les capacités des machines à simuler l’intelligence humaine.
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1957 : ILLIAC (Illinois Automatic Computer) produisit la « Suite Illiac pour quatuor à cordes », une œuvre musicale entièrement générée par ordinateur. L’ordinateur fut programmé pour cette œuvre par le compositeur Leonard Isaacson et le mathématicien Lejaren Hiller.
De 1960 à 1989
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1965 : Ray Kurzweil a développé un logiciel capable de reconnaître des motifs musicaux et d’en synthétiser de nouvelles compositions.
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1965 : l’ordinateur a fait sa première apparition dans le jeu télévisé « I’ve Got a Secret ».
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1966 : ELIZA, premier chatbot simple, simule une psychothérapeute.
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1970 : intérêt croissant pour la création automatique de musique ou d’œuvres d’art. Par exemple, l’artiste britannique Harold Cohen développe AARON dans les années 1970, un programme qui peint et dessine.
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1983 : le système musical Kansei de Yamaha Corporation utilisait des techniques de...
Comment lire ce livre ?
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Dans la suite de ce livre, les anglicismes qui ne peuvent être évités sont mentionnés en italique et entre guillemets. Lorsque l’anglicisme est important, mais qu’une traduction française valide existe, je ne le mentionne que la première fois et la place entre parenthèses. |
La structure de ce livre suit une progression en trois parties. Les chapitres peuvent être consultés séparément selon les besoins du lecteur, mais l’ordre proposé permet de comprendre progressivement comment l’intelligence artificielle peut s’intégrer dans le domaine de la culture, depuis les notions techniques générales jusqu’aux impacts sur les métiers, les rôles et les compétences.
1. Partie 1 : L’intelligence artificielle
La première partie présente les nombreuses technologies que recouvre le terme d’intelligence artificielle, et qui vont bien au-delà des seules IA génératives. Elle décrit notamment les principaux domaines de l’intelligence artificielle tels qu’ils sont connus ou perçus aujourd’hui. Par « domaines de l’IA », il faut entendre ici les grandes branches techniques qui la composent, comme la vision, le traitement du langage naturel, l’apprentissage, la robotique, la connaissance ou la prise de décision. Nous verrons ensuite comment ces branches peuvent interagir avec les métiers d’aujourd’hui et de demain. Je consacre un chapitre à la donnée dans le domaine de la culture, son contrôle et sa sécurisation. La donnée est aujourd’hui polymorphe, nous verrons quelles formes peut prendre cette donnée et nous verrons aussi quels sont les risques pour cette donnée.
J’aborde ensuite la transformation digitale des organismes culturels et les aspects, avantages, contraintes liées à cette transformation.
Je présenterai ce que sont les intelligences artificielles génératives et comment elles sont et peuvent être utilisées par les professionnels du monde de la culture.
Le chapitre sur le biais dans l’intelligence artificielle nous permettra d’aborder ce que sont des données ou des programmes biaisés et comprendre comment ceux-ci peuvent générer des problèmes et altérer significativement les résultats et les décisions prises.
Enfin, cette première partie se terminera par un chapitre consacré aux transformations et enjeux sociétaux de l’intelligence artificielle. Il ne s’agit pas encore d’évaluer métier par métier...
Se préparer aux transformations en cours
Ce que nous voyons aujourd’hui (la montée de l’intelligence artificielle, le volume croissant des données traitées, l’automatisation entraînant le remplacement des humains par des machines, l’implication de plus en plus forte des systèmes artificiels dans nos vies) n’était absolument pas envisageable encore il y a quelques années. Ce qui relevait hier de la science-fiction devient progressivement une réalité quotidienne, avec une rapidité qui constitue sans doute l’un des aspects les plus marquants de cette transformation.
Le but de ce livre n’est pas de se substituer aux experts des différents sous-domaines de la culture. Il est plutôt d’amener un éclairage sur l’utilisation des intelligences artificielles et des outils qui lui sont associés, évaluer l’impact que l’introduction des intelligences artificielles aura sur le domaine et faire un état des lieux des professions qui sont amenées à changer subtilement ou drastiquement du fait de cette transformation. Bien qu’aujourd’hui, aucune machine, ni système doté d’une artificielle générale (« Superintelligence ») n’ait encore été construit (voir le livre de Nick Bostrom dans les sources de cette introduction)...
Sources et références
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Jean-Gabriel Carasso, « Entre art et culture », L’Oizeau rare, 2007. https://www.loizorare.com/article-5678425.html
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Jean-Michel RODRIGUEZ, « Adaptation interactive de documents dans le contexte des transactions électroniques », LIRMM, 1999.
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Jean-Michel RODRIGUEZ, « Intelligence Artificielle - Impact sur les entreprises et le business [2e édition] », ENI, 2022. https://www.editions-eni.fr/jean-michel-rodriguez
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Jean-Michel RODRIGUEZ, « Quand l’Intelligence Artificielle révolutionne la santé - Opportunités et défis », ENI, 2025. https://www.editions-eni.fr/jean-michel-rodriguez
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Jean-Michel RODRIGUEZ, « Quand l’Intelligence Artificielle révolutionne le monde du droit — Opportunités et défis », ENI, 2025. https://www.editions-eni.fr/jean-michel-rodriguez
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Ministère de la culture, « Organisation du ministère », Ministère de la culture, 2025. https://www.culture.gouv.fr/fr/nous-connaitre/organisation-du-ministere
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Nick Bostrom, « Superintelligence », Dunod, 2017.
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Unesco, « Domaines culturels », Unesco, 2025. https://uis.unesco.org/fr/glossary-term/domaines-culturels