Le biais dans le domaine de la culture
Introduction
Après avoir présenté les IA génératives, leur fonctionnement et leurs usages possibles dans le domaine culturel, il est nécessaire d’examiner l’un de leurs risques les plus importants : les biais.
L’intelligence artificielle est désormais présente dans de nombreux usages professionnels et personnels, et on lui confie de plus en plus de tâches d’analyse, de recommandation, de production ou d’aide à la décision. Cette présence croissante peut donner une impression d’objectivité, parce que les systèmes produisent des résultats rapidement, avec assurance et à partir de traitements automatisés. Pourtant, ils apprennent à partir de données préexistantes qui peuvent déjà contenir des déséquilibres, des omissions ou des stéréotypes.
Dans le domaine de la culture, ces biais sont particulièrement sensibles, car ils peuvent influencer la manière dont les œuvres, les artistes et les publics sont représentés. Ils peuvent aussi orienter la recommandation de contenus, la visibilité des œuvres, la médiation, la conservation ou la création de nouveaux contenus générés par IA.
Un exemple concret de biais introduit par l’IA dans le secteur culturel est le blog publié...
Qu’appelle-t-on « biais » ?
Le biais qui vient du latin populaire biaxius signifie qui a deux axes, c’est-à-dire qu’il peut avoir deux sens. Dans diverses disciplines, un biais est une erreur systématique ou une simplification abusive.
Les systèmes d’IA ne créent pas nécessairement des biais nouveaux : ils peuvent aussi reproduire des biais humains déjà présents dans les données, les catégories utilisées, les choix de conception ou les usages. Lorsqu’un modèle apprend à partir d’informations imparfaites, incomplètes ou marquées par des préjugés, il risque de produire à son tour des résultats biaisés.
Parmi les nombreux biais qui existent, le biais cognitif et le biais algorithmique sont les deux qui nous intéressent dans le cadre des intelligences artificielles et ce sont ceux que nous allons considérer dans la suite de ce chapitre.
1. Le biais cognitif
Un biais cognitif est une tendance à interpréter les informations de manière partielle, simplifiée ou déformée. Il agit souvent de façon inconsciente et peut influencer le jugement, la prise de décision ou le comportement. Il conduit par exemple à accorder trop d’importance à certains faits, à en négliger d’autres...
Culture et IA : formes de biais et conséquences
1. Biais dans l’intelligence artificielle
Le biais est indissociable de l’apprentissage. Aucun système ne peut apprendre à partir de toutes les données possibles, parfaitement équilibrées et parfaitement représentatives du réel. Apprendre consiste donc toujours à sélectionner, généraliser et simplifier. C’est cette distance entre le réel et le modèle appris qui rend possible l’apparition de biais. Et les IA ne font pas exception à cette règle : fournissez des informations fausses à un modèle lors d’un apprentissage et l’IA effectuera forcément des actions non voulues et prendra des décisions inadaptées. De fait, les biais de l’IA reflètent les préjugés de ses créateurs ou des données qui lui sont fournies.
Les biais peuvent être introduits de manière consciente ou inconsciente, volontaire ou non. Ils peuvent venir d’un choix de conception, d’une erreur dans le code, de données incomplètes ou déséquilibrées, de mauvaises spécifications, d’un modèle obsolète ou d’un problème technique.
Dans le cas de l’intelligence artificielle, on peut distinguer deux grandes sources de biais : les biais de code et les biais des données.
Le biais de code est introduit par le concepteur du code. Il faut rajouter humain ou non humain, puisqu’aujourd’hui des intelligences artificielles sont capables de générer du code et de créer des programmes informatiques. Le biais de code comprend le biais algorithmique, le biais mathématique et le biais cognitif du concepteur du code.
Le biais des données apparaît lorsque les données récupérées et utilisées sont incomplètes, inappropriées, obsolètes ou invalides. La responsabilité peut être partagée entre les programmeurs, les concepteurs du système, les spécialistes de la donnée (« Data Scientists ») ou tout autre tiers (humain ou non) qui introduit, sciemment ou pas, des données erronées dans un jeu de données.
Pour...
Prévenir, détecter et corriger les biais
Quel que soit le domaine, la prévention des biais nécessite une approche proactive de la recherche de ceux-ci. Réagir face à des problèmes plus ou moins graves engendrés par des biais est essentiel, voire obligatoire, mais prévenir ceux-ci est plus efficace et beaucoup moins impactant pour l’organisation.
Nous l’avons vu, en intelligence artificielle, où l’apprentissage automatique des machines est fréquent, les problèmes engendrés par les biais de code ou de données peuvent ne pas être vus facilement et générer des risques et des conséquences importants pour l’organisme responsable.
Méthode de prévention des biais
La méthode que j’ai élaborée et qui est décrite en détail dans mon ouvrage Intelligence artificielle - Impact sur les entreprises et le business (2e édition) s’appuie sur trois phases séquentielles majeures dans la prévention des biais :
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Avant la mise en place du système : choisir finement les sources de données, les données, les variables retenues et la méthode de validation des informations.
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Pendant la conception du système : porter une attention particulière au choix du langage de programmation et de l’algorithme, à la définition de l’environnement, à la construction du modèle, aux tests et leur analyse.
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Après la mise en place du système : mise en place d’un plan de contrôle, surveillance du système, analyse des résultats des contrôles, détection des biais éventuels et leur correction.

Les trois phases de la prévention des biais
Ces trois phases n’ont pas la même fréquence d’exécution : la phase 1 sera exécutée au démarrage du projet et à chaque fois qu’un des composants établis à cette étape (spécifications, sources des données, données, variables) est susceptible de changer ; la phase 2 sera exécutée chaque fois que le modèle devra être modifié, la détection étant faite lors de l’exécution de l’étape 3 ;...
En conclusion
Comme nous l’avons vu dans ce chapitre, chez l’humain, les biais sont naturels et même s’ils ne sont pas nécessairement négatifs, l’humain a des préjugés et fait des raccourcis qui mènent à des raisonnements incomplets qui peuvent générer des problèmes plus ou moins graves.
Dans le domaine de la culture et de l’art, les biais représentent un défi majeur qui va bien au-delà du problème technique. Ils peuvent influencer la réputation des professionnels, la création et la gestion des œuvres, l’accessibilité à la culture ou la qualité des informations et des recommandations proposées au public.
En adoptant une approche proactive pour identifier et remédier aux biais, nous pouvons progresser vers des systèmes plus justes, plus humains, plus accessibles et plus efficaces. C’est essentiel pour promouvoir un accès à la culture et à l’art équitable pour tous les individus, indépendamment de leur identité ou de leur contexte social.
Comme nous le verrons dans la suite de cet ouvrage, cela nécessite un engagement continu des organisations et la sensibilisation des acteurs de la culture et du public à l’utilisation de l’IA.
Le chapitre suivant élargira cette réflexion en abordant...
Sources et références
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Antoine Crochet-Damais, « Biais algorithmique en IA : définition, exemples et techniques de lutte », JDN, 2022.
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Adebayo, Julius A, « FairML : ToolBox for diagnosing bias in predictive modeling, Thesis: S.M. in Technology and Policy », Massachusetts Institute, 2018.
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Haziqa Sajid, « Biais de l’IA et stéréotypes culturels : effets, limites et atténuation », Unite.AI, 2023. https://www.unite.ai/fr/ai-bias-cultural-stereotypes-effects-limitations-mitigation
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Jean-Michel RODRIGUEZ, « Intelligence Artificielle - Impact sur les entreprises et le business (2e édition) », ENI, 2022. https://www.editions-eni.fr/jean-michel-rodriguez
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John Manoogian III (JM3), « Codex des biais cognitifs », Onopia. https://onopia.com/codex-des-biais-cognitifs/
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Mohammad Kaleem Galamali, « Craintes et inquiétudes concernant les biais de l’intelligence artificielle : Une perspective académique pour l’analyse éthique des biais », Éditions Notre Savoir, 2023.
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Muharrem Kilic, Sezer Bozcus, Kahaoglu, « Algorithmic Discrimination and Ethical Perspective of Artificial Intelligence », Springer, 2023.
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Officiel Prevention, « La prévention des risques professionnels de l’Intelligence Artificielle »...